Henri Lucien Doucet (1856, 1895)

Henri-Lucien Doucet est un peintre de genre et un portraitiste français.

Ses œuvres dépeignent des scènes brillantes de la vie moderne essentiellement parisienne, bien qu’il ait fait un séjour à la villa Médicis après avoir remporté le grand prix de Rome aux Beaux-Arts en 1880.

Biographie de Lucien Doucet

La villa Médicis - Le prix de Rome

Les grand prix de peinture et grand prix de sculpture sont créés en 1663 en France sous le règne de Louis XIV. Ce concours est organisé chaque année par l’Académie royale de peinture et de sculpture et est ouvert à ses élèves, patronnés par les académiciens. Le grand prix d'architecture est organisé à partir de 1720 par l'Académie royale d'architecture sur le même modèle. Le lauréat est généralement - mais pas automatiquement - choisi par l'administration royale pour être envoyé à l’Académie de France à Rome en y bénéficiant d'une pension, l'Académie de France ayant été fondée à cette intention par Colbert, en 1666. L'artiste y réside pour une durée variant de deux à quatre ans, afin de se former au contact des modèles de l'Antiquité et de l'Italie moderne. L'Académie de France a eu plusieurs sièges successifs à Rome dont, le palais Mancini, avant de se fixer définitivement à la villa Médicis, en 1803.
Le prix de Rome ne fut pas toujours attribué aux meilleurs peintres, à qui l'on préféra souvent des talents moins brillants; cependant, il convient de citer parmi les lauréats Hyacinthe Rigaud (1682), Charles-Joseph Natoire (1721), François Boucher (1723), Joseph-Marie Vien (1743), Jean-Honoré Fragonard (1752), Jacques-Louis David (1774), Jean-Baptiste Regnault (1776), Anne-Louis Girodet (1789), Jean Auguste Dominique Ingres (1801), Gustave Boulanger (1849), William-Adolphe Bouguereau (1850), Jean-Jacques Henner (1858) et, au xxe s., Yves Brayer (1930) et Lucien Fontanarosa (1936).
Pendant plusieurs siècles, obtenir le Grand Prix de Rome dans la catégorie peinture d'Histoire était sans aucun doute considéré comme le plus grand des honneurs, aussi bien en France qu'à l'étranger.
Propriété de l'Académie, les prix de Rome étaient placés en dépôt au Louvre. Sur l'initiative de la Convention, ils furent en partie restitués en 1793 aux peintres encore en vie. Ces œuvres sont actuellement conservées à Paris (E. N. B. A.).
Le peintre Balthus est nommé directeur de l’institution par André Malraux, en 1961. Mais Le peintre Balthus fut aussi et surtout le protagoniste de la réforme du grand prix de Rome. Depuis 1968, le concours n'a plus lieu. Cependant, un décret du 16 septembre 1970 attribue aux jeunes artistes et chercheurs de différentes disciplines (arts plastiques, composition musicale, architecture, littérature, cinéma, théâtre, histoire de l'art) des bourses de séjour à l'Académie de France à Rome.
(voir Wikipedia, l' Institution du prix de Rome et Larousse).
Il faut signaler que Eugène Delacroix, Édouard Manet, et Edgar Degas font partie des artistes qui tentèrent le prix de Rome et n’obtinrent jamais la moindre récompense.
Aujourd’hui l’Académie de France à Rome remplit deux missions conjuguant passé et modernité. Elle offre chaque année la possibilité à des artistes et à des spécialistes francophones de se perfectionner dans leurs disciplines lors d’un séjour d’une durée de douze ou dix-huit mois : c’est la “mission Colbert”. L’autre, dite “Malraux”, a pour vocation de stimuler les relations et d’être un trait d’union entre l’Italie et la France. La villa Médicis, sous l’impulsion de son directeur Éric de Chassey, multiplie depuis trois ans les échanges et les événements culturels dans un esprit d’ouverture sur l’Europe et le monde. (voir détails).

Grand prix de Rome

Henri-Lucien Doucet fut admis en 1874 à l' Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris et y remporta le Grand prix de Rome en 1880 avec « La reconnaissance d'Ulysse et de Télémaque ».
La scène représentée par le tableau est tirée de la première partie de l'Odyssée. Aidé par Athéna, Télémaque reconnaît son père Ulysse. Ils vont alors unir leurs forces pour exterminer les prétendants au trône.
Henri-Lucien Doucet résidera au palais Médicis à Rome de 1881 à 1885.

  La Reconnaissance d’Ulysse et de Télémaque d’Henri-Lucien Doucet, 1879

La Reconnaissance d’Ulysse et de Télémaque de Henri-Lucien Doucet, 1879
(Huile sur toile, 145 x 113 cm)
Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris

  Etude pour la figure d'Athéna d’Henri-Lucien Doucet

Etude pour la figure d'Athéna de « La reconnaissance d'Ulysse et de Télémaque » de Henri-Lucien Doucet, 1879

Envois de Henri-Lucien Doucet pendant son séjour à Rome


(cf Thèse de France Lechleiter en Histoire de l’art et archéologie, soutenue le 4 décembre 2008 à l’université Paris IV-Sorbonne :
« Les envois de Rome des pensionnaires peintres de l’Académie de France à Rome de 1863 à 1914 ».

Les envois de Henri-Lucien Doucet sont les suivants :


    Agar perdue dans le désert de Henri-Lucien Doucet, 1882

Agar perdue dans le désert de Henri-Lucien Doucet, 1882
(Huile sur toile, 189 x 261 cm)
Musée d'Angoulême

Ave Maria de Lucien Doucet, 1883

Ave Maria de Henri Lucien Doucet, 1883

Jacques la Roche dans les « Rubrique Causeries Parisiennes – Les envois de Rome » (5 juillet 1883, journal Nancy Artiste, n° 24) écrit :
"Passons aux peintres. M. Lucien Doucet expose une Annonciation « Ave Maria », mais une Annonciation si différente de toutes les Annonciations que l'on a jamais vues et rêvées que l'on en est d'abord saisi, puis heurté, puis étonné, puis ravi de plaisir et d'admiration".

Il était formellement interdit aux pensionnaires de l’Ecole de Rome de représenter des personnages vêtus de costumes modernes, en vertu du respect des prescriptions réglementaires, elles-mêmes reflets de l’idéologie académique qui accordait la primauté au nu et n’acceptait le costume que sous les conditions que nous avons précédemment établies. Avant la réforme de 1905, les cas sont rares mais ils n’en existent pas moins et se concentrent pour la plupart autour de cette décennie mouvementée des années 1880-1890. La première incursion franche dans ce domaine est à attribuer à Lucien Doucet et à son esquisse Bérénice (1884).
Le jeune peintre faisait déjà parler de lui avec son envoi de deuxième année intitulé « Ave Maria » (1883) où le nu était totalement abandonné au profit des draperies, mais traitées d’une telle façon que l’on ne saisissait pas la construction des figures en dessous. Doucet avait en plus vêtu l’ange de l’Annonciation d’une robe japonaise, vêtement exotique censé peut-être moderniser dans l’esprit de l’artiste un thème des plus anciens et des plus traditionnels. Cette robe japonaise, si elle apportait une note d’imprévu et d’originalité, pouvait encore passer aux yeux de l’Institut pour un élément pittoresque.
(En 1883 se tient à Paris une exposition rétrospective de l’art japonais organisée par Louis Gonse à la galerie Georges Petit. Doucet étant coutumier des voyages à Paris pendant sa pension, il est possible que l’artiste l’ait visité. ). L'Ave Maria de Lucien Doucet semble mêler à la fois archaïsme et japonisme.
Dans « L’Agar perdue dans le désert » Lucien Doucet fait une large place au paysage et à la lumière orientale.
Quand son envoi de dernière année « Intérieur de Harem » impose à l’Académie un sujet sans rapport avec l’iconographie traditionnelle des envois de Rome et se situe dans une veine orientaliste à la Benjamin-Constant, celui de l’époque d’Intérieur de Harem (1878, Lille, palais des beaux-arts) et des Chérifas (1884, Carcassonne, musée des beaux-arts). La liberté que s’autorise Lucien Doucet avec les normes académiques incite sans doute le jeune Marcel Baschet à suivre ses traces.
Lucien Doucet, mort prématurément, excellait dans la peinture de nus féminins dont les charmes n’empruntaient guère à la mythologie.